Historia y Arqueologia Marítima

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LA PATRIMOINE CULTUREL ET INDUSTRIEL DU BAS-URUGUAY

II. L’héritage culturel de l’immigration

Base I. Typologie et caractéristiques du patrimoine fluvial II. L’héritage culturel de l’immigration
III. Saladeros et frigorifiques, patrimoine industriel sur les rives fluviales IV. Histoire de la navigation et patrimoine portuaire V. Références bibliographiques

Une spécificité patrimoniale du Bas-Uruguay par rapport à un fleuve européen est l’héritage culturel de l’immigration (allemande, anglaise, belge, française, italienne, russe, suisse, etc.)[i] qui se manifeste dans des domaines aussi variés que la toponymie (Nueva Escocia, Nuevo Berlín, etc.), l’architecture, l’art de la sculpture, les traditions et les coutumes populaires, les fêtes[ii], la cuisine, etc. (figure 4). Les noms des estancias (Colonia Inglaterra[iii], Colonia belga[iv], Nueva Alemania[v]) ou les noms de famille (ex. d'origine suisse, Tomeo, 2004 ; Schulkin, 1958, pour Paysandú) reflètent cette grande diversité des origines européennes. À Mercedes, le nom d'Italia chica (petite Italie) a été donné à l'un des quartiers de la ville construit à la suite de l'arrivée, vers 1880, d’un millier d'immigrants italiens (Cabrera, 1970). À Salto, un mât a été placé en 1930 par la communauté italienne le long de la berge fluviale (Büsch, 1970). Événement important : c’est à un basque français, Pascal Harriague, né à Hasparren, que l'on doit l'introduction, en 1870, du cépage tannat à Salto, devenu depuis le principal cépage (appelé encore de son nom) des vins uruguayens.

Le nom de Nueva Escocia (Argentine) provient de l’implantation en bordure du fleuve d’une colonie écossaise au début de 1860. Sous l’impulsion de Peter MacDonald, cette dernière a été fondée par des colons vivant déjà en Argentine et originaires de divers lieux d’écosse (Saint Martins, Clyde, Kintail, Mossguiel, Britannia). Leurs noms de famille, qui ont été transmis, sont connus (source : Tomás Miller) par le registre des baptêmes de l’église anglicane de Salto (Uruguay) : Buchanan, MacDonald, MacNeill, Fraser, Farquharson, McCorquadale, McQuarrie, Sinclair, pour n’en citer que certains. Le son de la cornemuse accompagna souvent les mariages à l’église de Salto, même si la langue gaëlique a été perdue.

1, les premiers immigrants russes à San Javier vers 1915 

3, monument commémoratif de l’arrivée des russes (1913) à San Javier ; remarquer les meules de moulins à huile (de tournesol) réutilisées

Grâce à l’aide financière de la fondation YPF[vi], un musée historique a pu voir le jour près de Colón (Argentine), exposant l’histoire de la Colonia San José. « Nuestros abuelos los pioneros » (Nos grands-parents les pionniers) est le titre d’une magnifique exposition[vii] présentant les influences culturelles des immigrants suisses, savoyards et piémontais dont la première vague a débarqué en 1857 à la Calera de Espino, site portuaire actuel de Colón. Elle s’installa sur des terres mises à leur disposition par le propre général Justo José de Urquiza[viii], premier président de la Confédération argentine. Le musée, ouvert en 1999, et dont les collections proviennent en majeure partie de donations faites par les habitants, a été aménagé dans la maison d’une famille traditionnelle. Il comporte des témoignages oraux et des jeux didactiques sur la mémoire de l’immigration.

4, musée des immigrants (Museo de los inmigrantes) à San Javier

Le 27 juillet 1913, par une nuit très froide, 300 colons russes débarquèrent à Puerto Viejo (Vieux port), situé sur la rive gauche du fleuve, à un kilomètre en amont de l’actuel San Javier. Sous la direction de Vasili Lubkov, chef de la secte Novay Izrail, ils fondèrent la colonie de San Javier. Ils provenaient de la région russe de Voronezh (Voronezhskaya), où ils étaient persécutés par le clergé orthodoxe. Le monument commémoratif de leur arrivée et débarquement est symboliquement entouré de meules indiquant que ces colons introduisirent la culture du tournesol en Uruguay dont les presses à huile, en voie de disparition, sont le témoin. Lubkov partit en Russie en 1925 avec 260 personnes de la colonie, faisant confiance aux promesses du gouvernement russe et voulant préparer le retour de l’ensemble de la colonie. Il ne reviendra jamais à San Javier ; arrêté en 1927, il finira ses jours en prison dix ans plus tard. Un petit musée, le Museo de los Inmigrantes, et les archives du lieu de culte, la sabraña[ix], contribuent à garder la mémoire de cette histoire. Une fête annuelle[x] permet de maintenir vivantes les traditions populaires russes (cuisine, costumes, danses, etc.). Depuis 1966 ont été fondées, à quinze kilomètres de San Javier, deux colonies de russes chrétiens orthodoxes, Vieux-croyants (raskolniki), l'une d'elles sur les terres (1 000 ha) de la Colonia Ofir.

Un autre exemple concerne l’immigration allemande. C’est le cas de Nuevo Berlín, dans le département de Río Negro. L’entreprise Wendelstadt y Cia, alors propriétaire de l’actuelle estancia Nueva Mehlem, créa une población sur ses terres, baptisée Nuevo Berlin. Son plan fut réalisé en 1873-1874 par Fridolín Quincke et le 16 mars 1875, sur proposition de Victor Wendelstadt, le gouvernement uruguayen en autorisa la fondation.

2, panneau indiquant la direction de Nuevo Berlín, sur la route 24 Fray Bentos-Paysandú

L’influence européenne de l’immigration se manifeste, comme à Paysandú, par la création de sociétés aux noms d’origines diverses (espagnole, française, italienne, …) : La Fraternité (1870), Socorros Mutuos (1871), Unione e Benevolenza (1874), Société suisse de Tiro (1875), Circulo napolitano (1896), ou à Fray Bentos : Sociedad Cosmopolita de Socorro Mutuo (1879), Societá Italiana di Mutuo Soccorso (1890) et Sociedad Española (1902).

5, porte-fenêtre avec balcon surmonté d'un fronton et d'une statue, de style néoclassique, du cercle napolitain (Circolo napolitano) à Paysandú (2005 : Instituto Escuela Nacional de Bellas Artes)

Les cimetières reflètent cette diversité culturelle née de l’immigration. Celui de Paysandú, le Cementerio viejo, appelé Monumento a la Perpetuidad, a été classé Monumento Histórico Nacional dès le 30 novembre 1881. Une grande partie des tombes et des mausolées sont l’œuvre du sculpteur italien Giovanni del Vecchio. L’estanciero Manuel Sterling, le général Eusebio Francia, les défenseurs de Paysandú durant la Guerra Grande y sont enterrés, et également ceux tués lors des combats de Quebracho (1886) et Palmares de Soto, et le Soldado desconocido (Soldat inconnu). Le mausolée de la famille Lavalleja a été réalisé par un autre sculpteur au nom italien, José Livi. À Salto, on trouve un cimetière de ce type, mais il en existe de plus modestes comme ceux des saladeros (ex. saladero Román).

Il en est de même pour l’architecture qui peut être de style basque espagnol (ex. édifice La Vasca à Salto), français (ex. Palacio Arruabarrena, 1919, à Concordia), italien (ex. église néoclassique des Santos Justos y Pastor à Colón, Basílica Menor de la Inmaculada Concepción à Concepción del Uruguay et Palacio de Santa Cándida[xi] au sud de la même ville ;…), anglais (ex. architecture industrielle) ou autre. Elle peut aussi être le résultat d'un mélange de styles, comme la basilique de Paysandú, sans doute en raison des origines italienne et suisse de ses architectes Bernardo et Francisco Poncini, ou bien la façade de style florentin français du Museo de Bellas Artes y Artes Decorativas à Salto. Des résidences d'estancias, tel le Castillo de Mauá (à 5 km de Mercedes)[xii], édifié en 1857-1862 par le baron et vicomte de Mauá, Irineo Evangelista de Souza (1813-1899), qui était un banquier et financier brésilien résidant à Londres, sont intéressantes pour étudier ces différentes influences. Architectes, ingénieurs et artistes sont les acteurs de cette grande diversité. C'est un ingénieur anglais du Ferrocarril Noroeste del Uruguay, Robert Wilkinson, qui a fait les plans du magnifique théâtre Larrañaga de Salto (Büsch, 1970). Dans la même ville, la statue du général José Gervasio Artigas[xiii], œuvre du sculpteur de Paysandú Edmundo Pratti[xiv], a été fondue à Florence (Italie) avec… des canons autrichiens ! Les exemples de ce genre abondent. C'est pourquoi s’imposent de plus en plus un inventaire et une protection de tous les témoignages architecturaux et matériels reflétant la diversité stylistique et culturelle de l’immigration.

6, parc du "palacio" de Santa Cándida en bordure de l’Arroyo de la China, au sud de Concepción del Uruguay ; au premier plan, statue de style grec, en marbre de Carrare, importée d’Italie.

Exemples de patrimoine culturel lié à l’immigration. Archives Sabraña, San Javier (1), ph. L. Ménanteau (2 : 28-04-2004 ; 3 et 4 : 16-04-2003 ; 5 : 19-04-2004 ; 6, 21-04-2004).


[i] À Puerto Yeruá on a compté jusqu’à 18 nationalités différentes. Une partie de la localité fut construite par l’entreprise écossaise Campbell & Co.

[ii] Comme, en juillet, la Fiesta Provincial de la Colonización à San José (rive argentine).

[iii] Entre Fray Bentos et Nuevo Berlín

[iv] Au sud de Casa Blanca (Paysandú).

[v] Site de Rincón, entre le Río Uruguay et l'arroyo Salvador (en 1973, établissement de M. Prange, v. Muxhall, 1873).

[vi] Yacimientos Petrolíferos Fiscales.

[vii] Surface : 1 200 m2 ; 7 000 visiteurs/an.

[viii] Première pierre de la colonie posée en sa présence le 12-04-1864.

[ix] On y transmettait oralement les jeux, les chants et les histoires familiales. Nous remercions vivement Mme María Lorduguin, de San Javier, pour son aide précieuse dans la documentation.

[x] Celle de 2003 célébra le 90e anniversaire de l’arrivée des immigrants russes.

[xi] Style villa palladienne. Importation de marbres de Carrare et de grilles vénitiennes.

[xii] Estancia de 32 372 ha! Réutilisée pour plusieurs fonctions, il renferme actuellement la collection paléontologique constituée par Alejandro Berro (Museo paleontológico).

[xiii] Une autre statue équestre d'Artigas, œuvre du sculpteur Ezio Ceccarelli, a été amenée par bateau au port de Paysandú et inaugurée le 25 octobre 1925.

[xiv] À Salto, un musée, Museo escultórico Edmundo Prati, présente ses œuvres, notamment des médailles.

 

Este sitio es publicado por Carlos Mey -  - Martínez - Argentina

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